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Retour sur les origines chrétiennes

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Léon Dieu

Marc, sources des Actes? (1920-1921)

  • MARC SOURCE DES ACTES? CH. I-XV
  • Depuis que Königsmann 1) a posé en 1798 la question des sources des Actes, on a lancé à ce sujet bien des hypothèses dont le relevé a été publié plusieurs fois 2).
  • Au milieu des divergences de ces opinions multiples, un accord semble s'être fait pour reconnaître dans les chapitres I-XV l'existence d'une source judaïsante.
  • Zahn 3), qui prétend qu’aucune de ces identifications de sources n’a atteint un degré suffisant de vraisemblance, admet cependant que le style des chapitres I-XII est plus hébraïsant que celui des ch. XIII-XXXVIII; il explique ce caractère particulier des premiers chapitres par le fait que Luc tenait ces récits de Judéo-chrétiens et de témoins qui avaient séjourné en Palestine et qu’il eut assez de bon goût pour leur laisser leur saveur locale.
  • Harnack 4) distingue plusieurs documents, mais A qui contient la plus grande partie de ces chapitres représenterait une tradition hiérosolymitaine-césaréenne s’intéressant spécialement à Pierre et à Philippe (Petrus-Philippus-Quelle). Le second document par ordre |556| d’importance dériverait d’une tradition antiochienne-hiérosolymitaine.
  • Tout récemment encore, M. Torrey 5) affirmait que, pour les ch. I-XV la langue est un grec de traduction et que partout apparaissent des traces d’aramaïsmes facilement reconnaissables.
  • Que Luc ait disposé de sources écrites ou simplement orales, il a dû, en tout cas, recourir à d’autres pour se documenter sur les faits qui se déroulent jusqu’au moment où il prend place à côté de Paul et relate des événements auxquels il a personnellement assisté.
  • Jacquier 6) fait très justement observer que “la plupart des récits même dans les douze premiers chapitres, sont racontés de façon tellement vivante et précise, avec des détails si circonstanciés que l’on doit croire qu’ils proviennent de gens qui ont vécu ces événements”.
  • Plusieurs témoins qui connaissaient les débuts de l’Église de Jérusalem et la première diffusion de l’Évangile en Judée et Samarie ont été en rapports avec Luc et ont pu le renseigner: Pierre, Jacques, Silas, Mnason, Philippe, Marc.
  • Harnack insiste surtout sur le séjour que Luc fit à Césarée auprès de Philippe (Actes XX, 1, 8) et croit que Luc doit beaucoup à ce dernier de ce qu’il nous livre d’après la source A 7).
  • Mais parmi les acteurs qui ont participé intimement aux événements des ch. I-XV , il y a en premier plan Barnabé et son cousin Jean surnommé Marc.
  • Lorsque Pierre emprisonné par Hérode est délivré par l'ange, c’est chez Marie mère de Jean qu’il se rend et qu’il retrouve la communauté en prière (Actes, ch. XII).
  • La scène de la servante Rhodé qui, surprise de reconnaître la voix de l’Apôtre, court annoncer la bonne nouvelle aux frères et entretemps laisse Pierre frapper à la porte, n’a évidemment aucune importance dans le développement du récit. Celui-ci doit émaner d'un témoin qui se laisse aller au plaisir de raconter un détail qui l'aura au moment même particulièrement frappé.
  • M. Harnack n’a pas échappé à cette impression et s’est naturellement demandé si le narrateur tout désigné de cette scène n’était pas Marc. Il ne se refuse pas à admettre cette hypothèse mais en limitant strictement l’intervention de Marc à ce passage qui aurait été inséré |557| dans une source d’une autre provenance, il estime que dans le reste de ce document aucun trait ne rappelle Marc et il préfère en attribuer la paternité à Philippe 8).
  • Il ne me parait pas qu’il y ait des raisons de penser à Philippe plutôt qu'à Marc et je crains bien que le motif qui a poussé M. Harnack à préférer Philippe ne soit le désir de trouver plus de facilité pour expliquer naturellement le surnaturel qui apparaît partout dans ce document. Comme il est dit ch. XXI, 9 que les quatre filles de Philippe avaient le don de prophétie, il est évidemment plus aisé à M. H. de présenter les faits et les interventions surnaturelles comme des déformations imposées aux événements racontés par l’esprit pneumatique et les transports d’enthousiasme prophétique qui devaient être dans l’atmosphère de cette famille.
  • Mais si l’on reconnaît Marc comme auteur des premiers récits des Actes, ceux-ci en acquièrent une autorité plus grande et les critiques qui considèrent les miracles comme impossibles sont fort en peine d’expliquer que Marc en raconte comme des faits réels, lui qui cependant a pu y assister. Le témoignage de Marc est pour l ’exégèse rationaliste plus encombrant que celui de Luc. A propos de l’historicité du récit de l’Ascension, voici ce qu’écrit M. Harnack 9): “Das Problem, um welches es sich hier handelt, ist geringfügig gegenüber dem Markus Problem, d. h. gegenüber dem Problem, wie sich in der Urgemeinde schon in den ersten 30 Jahren die legendarischen Überlieferungen von Christus gebildet haben — unter den Augen der Augenzeugen.” [Trad. BG 2025: “Le problème dont il est question ici est mineur par rapport au problème de Marc, c'est-à-dire par rapport au problème de la formation des traditions légendaires du Christ dans la communauté primitive dès les trente premières années, sous les yeux des témoins oculaires.”]
  • Je me demande en vain pourquoi faire cette distinction dans le document A entre le ch. XII et les autres récits de la source A. Rien dans le texte ne suggère cette dissection arbitraire. Si Marc a écrit la scène de Rhodé, pourquoi ne serait-il pas également le rédacteur primitif de toute cette source d'aspect araméen que Luc aurait employée au cours des quinze premiers chapitres des Actes?
  • Plus je retourne cette hypothèse, plus elle m’apparaît satisfaisante et de nature à donner une heureuse solution à ce problème, quels que soient les aspects sous lesquels on l'examine.
  • Mais tout d’abord, il convient de poser une question de méthode qui a son importance.
  • Allons-nous considérer comme un bloc cohérent les ch. I-XV, les parcourir du même regard et y faire |558| des indices qui paraissent rappeler Jean Marc? Ce serait supposer résolu un problème fort débattu.
  • D’autre part si nous admettons la multiplicité des sources, comment les répartir? Combien y en aurait-il eu? Où commencent-elles, où finissent-elles?
  • Nous pouvons fort bien adopter comme base de notre enquête la théorie de B. Weiss 10) qui admet dans les ch. I-XV une seule source que le rédacteur aurait de-ci , de-là remaniée, et rechercher s’il n’y a pas lieu de mettre le nom de Marc sur ce document. Nous serions d’autant plus autorisé à prendre comme point de départ cette théorie, que c’est la seule qui, d’après M. Harnack 11), mérite quelque considération.
  • Mais nous pourrions nous accommoder presque aussi bien de l’hypothèse de M. H. qui distingue diverses traditions et borner notre examen aux sections qu’il attribue à la source A (Petrus-Philippus-Quelle) en y joignant cependant les ch. I, II et XV.
  • Le seul principe que M. H. accepte pour la répartition des sources des Actes, c’est la diversité des traditions manifestée par la diversité des théâtres et des acteurs.
  • Ce principe est loin d’être évident et il est bien hasardeux de décider à dix-neuf siècles de distance que Luc n’a pas pu être informé par la même tradition au sujet de faits qui se sont déroulés en des lieux variés et dont les acteurs sont différents; si l’on appliquait cette méthode un peu rigoureusement, dans quel document ne découvrirait-on pas de sources?
  • De plus, en admettant par hypothèse ce critère de répartition, il nous semble que M. H. l’oublie lui-même et manque de conséquence lorsqu’il écarte de la source A les ch. I, II et XV.
  • En effet, dans les ch. I et II, les faits ont l’aspect aussi hiérosolymitain que dans les autres sections attribuées à la source A. Le théâtre est le même : Jérusalem; c’est Pierre qui a le premier rôle, parle et et agit au nom des autres. C’est donc gratuitement que M. H. écarte de la source A les chapitres I et II.
  • De même pour le ch. XV : le concile est raconté non pas d’un point de vue antiochien ou paulinien mais d’un point de vue hiérosolymitain et pétrinien.
  • Il y est évidemment question de Paul et de sa prédication, mais Paul n’y parle pas, n’y agit pas; on dit simplement de lui v. 4: |559| ἀνήγγειλάν τε ὅσα ὁ Θεὸς ἐποίησεν μετ’ αὐτῶν [trad. B.G. 2025: “et on rapportait tout ce que Dieu avait fait avec eux”] et au V. 30 : κατῆλθον εἰς Ἀντιόχειαν, καὶ συναγαγόντες τὸ πλῆθος ἐπέδωκαν τὴν ἐπιστολήν [trad. B.G 2025: “ils allèrent à Antioche et après avoir réuni l'assemblée donnèrent la lettre”]. Si le récit avait été rédigé au point de vue d’Antioche, on s’attendrait plutôt à trouver l’exposé développé des incidents du concile au moment où Paul rejoint Antioche. C’est ainsi que la chose se passe pour Pierre au ch. X; lorsqu’après la conversion de Corneille il revient à Jérusalem, il y fait naturellement un récit détaillé de ce qui lui est arrivé. Si la tradition du ch. XV dérivait d’Antioche, Paul aurait dû être présenté, lors de son retour comme racontant au moins en résumé les incidents de sa mission.
  • D’ailleurs, le texte lui-même nous fournit des motifs de séparer le ch. XV de ceux qui l’entourent.
  • Au ch. XIII commence le récit des voyages apostoliques de Paul, le ch. XV, 36 continue très naturellement le ch. XIV, 28, mais entre le ch. XV, 35 et les versets suivants il y a une lézarde très apparente.
  • En effet, nous lisons au ch. XV, 32-33 que Judas et Silas après la clôture du concile à Antioche “retournèrent vers ceux qui les avaient envoyés” donc à Jérusalem. Le récit se continue sur la même scène (Antioche) et après un intervalle de cinq versets, le narrateur nous dit que Paul se mit en route après avoir choisi Silas qui semble donc être resté à Antioche et non pas remonté vers Jérusalem.
  • Dès les premiers siècles, cette incohérence du texte α fut remarquée, et β introduisit une leçon harmonisante: ἔδοξε δὲ τῷ Σίλᾳ ἐπιμεῖναι αὐτοῦ, μόνος δὲ Ἰουδας ἐπορεύθη [trad. B.G. 2025: mais il parut bon à Silas de rester là, et seul Jude s'en alla.] Cette leçon β est manifestement une adaptation et n’est pas primitive, car dans ce cas on ne s’expliquerait pas l’origine du texte α, tandis que l’inverse est tout naturel.
  • La fin du récit du concile cadre mal avec ce qui suit, les versets 1-35 du ch. XV sont donc très vraisemblablement un emprunt à une autre source et dans cette hypothèse, la source est tout indiquée: c’est A dans laquelle nous retrouvons les mêmes caractéristiques, notamment la même attention apportée aux questions rituelles (cfr. ch. X-XI).
  • Wendt 12) qui estime qu’au ch. XIII commence une nouvelle source en exclut cependant le ch. XV.
  • Il me paraît incontestable qu’il faille en tout cas rapprocher le ch. XV des ch. I-XII.
  • Une autre raison de ne pas nous asservir préalablement à telle ou telle théorie sur les sources des Actes, c’est que la combinaison de |560| documents, si toutefois, on l’établit, a pu être faite déjà par l’auteur que Luc aura utilisé ensuite.
  • Notons encore que les sections les plus suspectes d’avoir été intercalées dans un récit d’origine différente, notamment le ch. IX, 1-31; XI, 19-30 nous servent très peu et que nous pouvons fort bien le négliger sans que nos principaux arguments perdent leur valeur.
  • La plupart d’entre eux gardent leur force même dans l’hypothèse de M. H. ; ils tendraient alors à établir que la source A au moins dérive de saint Marc.
  • Nous faisons donc dans ce qui suit abstraction des discussions sur la distribution des sources dans les ch. I-XV et nous les considérons provisoirement comme un bloc homogène.

I. INDICES EXTERNES.

  • 1. Jean, surnommé Marc, était autorisé plus que personne pour fournir à Luc les renseignements les plus exacts, les plus complets, les plus circonstanciés sur les premières années de l’église naissante, attendu que les assemblées des frères se tenaient chez sa mère; on a également suggéré que c’était également chez elle qu’aurait eu lieu la Cène et que l'ὑπερῷον où les disciples se réunirent après l’Ascension désignerait également sa maison. Pourquoi pas? La supposition n ’offre rien que de très vraisemblable.
  • Nous ne savons pas si Philippe a écrit quoi que ce soit, tandis que Marc était un écrivain bien connu de saint Luc. D’après l’opinion de beaucoup de critiques, lorsque ce dernier composa le troisième évangile il transcrivit presque complètement celui de Marc; ils ont vécu ensemble à Rome (Coloss. IV, 10, et 14; Philem. 24), tandis que le séjour de Luc chez Philippe fut probablement assez court, peut-être une semaine écrit M. Harnack 13). Il est donc déjà hautement vraisemblable que voulant rédiger un nouvel ouvrage, Luc ait eu recours à la même source où il avait puisé si abondamment pour son πρῶτος λόγος.
  • 2. Il est aisé de remarquer que les ch. I-XV ont Jérusalem comme axe et que les faits mentionnés se développent tellement autour de la personne de Pierre qu’on a pu les appeler les Πράξεις Πέτρου par opposition aux Πράξεις Παύλου XVI-XXVIII (Van Manen).
  • Il n’y a guère que l’un ou l’autre épisode, le martyre d’Étienne et la conversion de Paul, qui fassent exception et où Pierre n’apparaisse |561| pas; ainsi à propos de l’élection de Mathias, nous avons un discours de Pierre et le passage de Philippe à Samarie est encore pour le narrateur l’occasion de signaler une visite de Pierre dans cette ville.
  • On lit sans doute autre chose dans ces chapitres que des actes et des discours du Prince des apôtres, mais cependant il eût été difficile d’écrire l’histoire des origines de l’Église d’une façon plus pétrocentrique. Les autres apôtres, même lorsqu’ils sont personnellement désignés, par ex. Jean ch. III-V, Jacques fils de Zébédée, ch. XII, n'apparaissent guère que comme figurants et ne retiennent pas longtemps l’attention. Seul Jacques le Mineur est présenté comme jouant au concile de Jérusalem un rôle important.
  • Nous nous plaisons à voir Pierre mis ainsi en évidence dans l’exercice de sa primauté, mais quelque prépondérant qu’ait été son rôle, il n*a pas complètement supprimé celui des Onze. Que l’action de ceux-ci apparaisse si peu et soit si réduite, c’est là un phénomène qui ne peut guère s’expliquer que par un intérêt spécial que portait à Pierre le rédacteur de ces récits.
  • Or nous savons par l’histoire que c’est Marc qui fut l'interprète de Pierre. La première tradition chrétienne est très catégorique sur ce point.
  • Papias et les autres Pères apostoliques 14) ne mentionnent expressément à l’actif littéraire de Marc qu’un évangile. Ce silence ne prouve pas qu’il n’ait rien écrit d’autre. Même si les premiers chrétiens savaient qu’il avait rédigé des “Mémoires sur Pierre”, ils pouvaient ne les trouver que d’importance secondaire en comparaison de l’évangile. Les Actes, par exemple, étaient du temps de saint Jean Chrysostome beaucoup moins connus et répandus que les évangiles 15).
  • Les textes de saint Irénée et de Clément d’Alexandrie sont du reste assez généraux et peuvent très bien s’entendre de travaux de Marc différents de son évangile. Voici celui de saint Irénée: Μάρκος ὁ μαθητὴς καὶ ἑρμηνευτὴς Πέτρου κηρυσσόμενα ἐγγράφως παραδέδωκε.
  • Le témoignage de la première tradition sur Marc se ramène en somme à ceci: “Le disciple par excellence de Pierre est Marc, c’est lui qui a pris soin de consigner par écrit sa prédication”. |561|
  • Et lorsque nous nous trouvons de fait devant un document renfermant de nombreux discours de Pierre, le mettant partout en évidence, nous narrant en détail ses faits et gestes, comme les ch. I-XV des Actes, n’est-ce pas naturellement à Marc que nous devons songer en tout premier lieu?

II. Indices internes.

A. Réels.

  • 1. Que la finale du second évangile XVI, 9-20 émane d’un autre auteur canonique, ou que Marc lui-même ait plus tard complété son premier travail, il semble bien, d’après la tradition manuscrite et littéraire, que la rédaction primitive s’arrêtait après le v. 8, et dans toutes les hypothèses, il reste également difficile d’expliquer cette fin brusque et peu naturelle.
  • Cherchant à résoudre cette difficulté, voici ce qu’écrit le R. P. Lagrange16):
    • “Non, le v. 8 de Marc n’est pas la terminaison régulière d’un livre. On peut s’en rapporter là-dessus au jugement des anciens qui ne s'en sont pas tenus là; sauf dans trois manuscrits.
    • “La seule hypothèse admissible qui se place pour ainsi dire entre les deux autres, c’est que si Marc a vraiment terminé son livre au v. 8, il se proposait d’ajouter quelque chose et qu’il en a été empêché. Par quoi? Nous ne saurions le dire, et il est inutile d’imaginer des hypothèses, comme par exemple qu’il se proposait de faire de l’apparition de Jésus aux Apôtres le début d’un livre dans le genre des Actes.”
  • Mais de grâce, mon Père, si nous la faisions cette hypothèse si naturelle! Comme ceci, par exemple: Marc qui, au témoignage de la tradition, a consigné par écrit la prédication de Pierre, ne se serait pas contenté de rédiger ce qui nous est resté dans son évangile, mais aurait d’abord publié d’après l’enseignement de Pierre ce qui concernait la vie et la mort du Christ avant sa glorification, réservant pour un second ouvrage la vie du Christ glorieux, c’est-à-dire sa Résurrection, ses apparitions, son Ascension, sa permanence dans l’Église par l’envoi du Paraclet, etc.
  • C’est ce second ouvrage qui aurait servi de source à Luc pour les chapitres I-XV.
  • On s’explique alors très aisément qu'il ait omis dans son évangile le récit de la Résurrection et de l'Ascension. |563|
  • — Mais alors nous devrions trouver la Résurrection racontée au début du second ouvrage?
  • — Aussi, dans la forme primitive que Marc avait donnée à ce dernier, la Résurrection se lisait-elle très probablement.
  • Toutefois, Luc qui l’avait déjà racontée dans son évangile, pouvait parfaitement laisser de côté l’exposé qu’en faisait Marc et commencer les Actes par le récit de l’Ascension, vu que c’était jusque-là qu’il avait poussé son premier travail. Il ampute donc sa source, d’où son embarras d’adapter la forme littéraire de son prologue à celle du récit de Marc.
  • Il y a, en effet, au v. 4 un saut brusque du stylé indirect au style direct qui s’explique très naturellement si le dernier rédacteur avait sous les yeux un texte rédigé à la première personne.
  • 2. On n’a peut-être pas assez remarqué jusqu'ici, que dès le début des Actes, nous sommes reportés dans un cycle de pensées et de préoccupations qui se retrouvent dans le second évangile. Dès les premiers versets ch. I, 5, l’opposition est établie entre le baptême de Jean et le baptême de l’Esprit.
  • L’évangile de Marc débute également par le récit du baptême de Jean dont la prédication est résumée en ces termes: 7. Ἔρχεται ὁ ἰσχυρότερός μου ὀπίσω μου οὗ οὐκ εἰμὶ ἱκανὸς κύψας λῦσαι τὸν ἱμάντα τῶν ὑποδημάτων αὐτοῦ. 8. Ἐpγὼ ἐβάπτισα ὑμᾶς ὕδατι, αὐτὸς δὲ βαπτίσει ὑμᾶς ἐν πνεύματι ἅγίῳ.
  • Or nous retrouvons le v. 8 dans les Actes I, 5: Ἰωάνης μὲν ἐβάπτισεν ὕδατι, ὑμεῖς δὲ ἐν πνεύματι βαπτισθήσεσθε ἅγίῳ οὐ μετὰ πολλὰς ταύτας ἡμέρας.
  • Ce verset de Marc revient dans Mt. III, 11 et Luc III, 16, mais tous deux, après le Saint-Esprit, font mention du feu ἐν πνεύματι ἅγίῳ καὶ πυρί, addition que nous ne lisons pas chez Marc pas plus que dans les Actes.
  • Nous ne voudrions pas exagérer l’importance de cette particularité, cependant on s’attendrait naturellement à retrouver dans les Actes l'addition καὶ πυρί puisque le rédacteur dans le récit de la Pentecôte note que l’Esprit-Saint est apparu sous forme de langues de feu γλῶσσαι ὡσεὶ πυρός (II, 3).
  • Le v. 7 de Marc devient également dans les Actes XIII, 25: ἰδοὺ ἔρχεται μετ’ ἐμὲ οὗ οὐκ εἰμὶ ἄξιος τὸ ὑπόδημα τῶν ποδῶν λῦσαι.
  • Aussitôt après l’annonce du baptême de l’Esprit, les Actes rapportent la réponse du Maître à la question des disciples relative au rétablissement du Royaume d’Israël I, 7:
  • Οὐχ ὑμῶν ἐστιν γνῶναι χρόνους ἢ καιροὺς οὓς ὁ Πατὴρ ἔθετο ἐν τῇ ἰδίᾳ ἐξουσίᾳ. |564|
  • Dans les trois synoptiques et dans le reste du Nouveau Testament, UN SEUL TEXTE rend le même son, c'est un verset que nous, lisons dans Marc et Matthieu, que Luc n’a pas repris:
  • Περὶ δὲ τῆς ἡμέρας ἐκείνης ἢ τῆς ὥρας οὐδεὶς οἶδεν, οὐδὲ οἱ ἄγγελοι ἐν οὐρανῷ οὐδὲ ὁ υἱός, εἰ μὴ ὁ πατήρ. Marc XIII, 32, cfr. Matth. XXIV, 36.
  • 3. Les Actes mettent une insistance manifeste à signaler que les premiers chrétiens continuaient à fréquenter le Temple et à venir y prier (Actes II, 46; III, 1; V, 12, 20-21, 25, 42).
  • Le même souci apparaît également chez Marc: a) ch. XII, 35 καὶ ἀποκριθεὶς ὁ Ἰησοῦς ἔλεγεν διδάσκων ἐν τῷ ἱερῷ. Ni Matth. ni Luc qui ont ici des textes parallèles ne localisent la scène.
  • b) ch. XIII, 1 καὶ ἐκπορευομένου αὐτοῦ ἐκ τοῦ ἱεροῦ, λέγει αὐτῷ εἷς τῶν μαθητῶν αὐτοῦ· διδάσκαλε, ἴδε ποταποὶ λίθοι καὶ ποταπαὶ οἰκοδομαί.
  • Comme il s’agit d’introduire la prédiction de la destruction du Temple, on doit s’attendre à retrouver la mention du Temple chez Matth. et chez Luc qui tous deux rapportent la prédiction, mais avec cette grande différence cependant que chez Luc la scène n'est pas localisée: Luc ch. XXI, 5 καί τινων λεγόντων περὶ τοῦ ἱεροῦ.
  • c) De plus, après un verset d’intervalle, Marc revient sur le même détail et note que, lorsqu’il fut interrogé par les Apôtres sur l’époque où cette prédiction se réaliserait, Jésus était assis sur le mont des Oliviers, en face du Temple: ibid. v. 3 καὶ καθημένου αὐτοῦ εἰς τὸ ὄρος τῶν Ἐλαιῶν κατέναντι τοῦ ἱεροῦ, ἐπηρώτα αὐτὸν etc.
  • Luc omet toute cette note et Matth. n’en reprend que la première partie.
  • d) Marc XIV, 49 καθ’ ἡμέραν ἤμην πρὸς ὑμᾶς ἐν τῷ ἱερῷ διδάσκων, καὶ οὐκ ἐκρατήσατέ με.
  • Cf. Matth. XXVI, 55 et Luc XXII, 53.
  • Il n’y a pas lieu de tenir compte de XIII, v. 1, vu que la mention du Temple est appelée par le contexte. Des trois autres allusions, Luc ne conserve que la dernière, ch. XIV, v. 49, les deux premières sont omises.
  • Il serait bien étrange qu’après avoir supprimé ces indications dans sa source évangélique, dans laquelle il les lisait, Luc les ait spontanément introduites dans un récit qu’il aurait librement composé, tandis que nous comprenons mieux qu’il les ait conservées dans les Actes s’il les lisait dans une source qui les comportait. Toutefois au ch. XXI, 37 et 38, Luc, à deux reprises, fait une allusion k l’enseignement de Jésus dans le Temple, et ces versets n’ont pas de répondant dans Marc, ni Matthieu. Il reste qu’en toute hypothèse, Luc a vraisemblablement modifié dans les Actes son procédé de transcription, vu |565| qu’il y conserve des mentions qu’il avait écartées dans son Évangile. Nous ferons bientôt une constatation semblable à propos de la présence des certaines expressions hébraïques dans les Actes.
  • Dans le même ordre d’idées nous remarquons encore l’absence dans le troisième Évangile du reproche fait à Notre-Seigneur d’avoir déclaré qu’il pouvait détruire le Temple et le réédifier en trois jours: Marc XIV, 58 et XV, 29; et d’autre part, c’est une accusation du même genre que des faux témoins viennent déposer contre Étienne : Actes VI, 13 ὁ ἄνθρωπος οὗτος οὐ παύεται λαλῶν ῥήματα κατὰ τοῦ τόπου τοῦ ἁγίου καὶ τοῦ νόμου· ἀκηκόαμεν γὰρ αὐτοῦ λέγοντος ὅτι Ἰησοῦς ὁ Ναζωραῖος οὗτος καταλύσει τὸν τόπον τοῦτον καὶ ἀλλάξει τὰ ἔθη ἃ παρέδωκεν ἡμῖν Μωϋσῆς.
  • 4. Après avoir exposé comment Pierre échappe aux poursuites d’Hérode Agrippa I qui avait fait périr Jacques, le rédacteur des Actes nous raconte la mort du persécuteur. Elle eut lieu au cours d’une session du tribunal dans laquelle il avait reçu du peuple les honneurs d’une apothéose.
  • Que la mort du persécuteur soit mentionnée, le fait n’offre rien que de très naturel. Toutefois, il faut noter que l’auteur connaît bien les détails de l’incident. La séance était tenue à l’occasion d’une demande de paix introduite par les gens de Tyr et de Sidon; Hérode, mécontent d’eux, refusait de les ravitailler; Blastus, camérier du roi, leur avait conseillé d’essayer de rentrer dans les bonnes grâces du prince; on nous dit même comment celui-ci était vêtu ce jour-là ἐνδυσάμενος ἐσθῆτα βασιλικὴν.
  • Or Marc dans son Évangile s’attarde également à nous parler longuement d’Hérode Antipas, il nous expose notamment par le menu les circonstances de la décollation de Jean-Baptiste, ch. VI, 17-29. Matthieu parle bien de cette scène mais l’abrège, et Luc résume en trois lignes les douze versets du second Évangile.
  • “On s’est demandé, écrit le R. P. Lagrange 17), pourquoi l’évangéliste avait attaché tant d’importance à cet épisode. L’abondance des détails s’explique peut-être simplement parce que c’est sa manière. Ou il ne raconte pas, ou il raconte d’une façon circonstanciée.”
  • Dans un autre endroit de l'Évangile, ch. VIII, 15, Marc mentionne encore Hérode; il connaît de plus un groupe d’ennemis de Jésus qu’il désigne du nom d'Hérodiens, ch. III, 6; XII, 13, groupe dont Luc ne parle pas.
  • De son côté, Luc donne sur la famille dés Hérode d’autres détails |566| qui lui sont propres. Lui seul parle de Jeanne, femme de Chusa, procurateur d’Hérode Antipas et le récit du renvoi de Jésus de Pilate à Hérode ne se lit que dans le troisième Évangile cfr. VIII, 3 et XXIII, 7 sv.
  • Il n'y aurait donc de ce chef aucune invraisemblance à considérer Luc comme le rédacteur primitif de ce chapitre; mais si, pour d’autres raisons, nous devons chercher un autre nom que Luc, Marc qui connaît si bien les Hérodiens et raconte en détail les incidents du festin de Machéronte où fut décidée la mort du Baptiste, Marc, dis-je, semble tout indiqué.
  • 5. Toujours dans ce même ch. XII, 2, l’auteur, voulant identifier Jacques rappelle que c’est le frère de Jean: ἀνεῖλεν δὲ Ἰάκωβον τὸν ἀδελφὸν Ἰωάνου.
  • Au ch. III, 17 et V, 37 du second Évangile, ayant à parler de Jacques et Jean, Marc note chaque fois que Jean est frère de Jacques; au ch. X , 35, il les désigne tous deux comme les fils de Zébédée; il paraît donc soucieux de mettre en évidence le lien du sang qui unit ces deux disciples.
  • Une seule fois, tandis que Marc ch. IX, 2 omet de faire remarquer le lien de parenté qui unit Jacques et Jean — il l’a déjà fait deux fois — Matthieu ajoute cette mention ch. XVII, 1.
  • Ce qui accentue l’intérêt de cette préoccupation de Marc, c’est qu’elle n’est pas partagée par Luc qui parlant des mêmes apôtres dans les mêmes circonstances omet les trois fois de signaler ce détail.
  • Dans quatre autres occasions, Marc dans son Évangile désigne par leur nom Jacques et Jean, ch. X, 35 et 41; XIII, 3 et XIV, 33. Pour les deux derniers passages Luc a un récit parallèle, mais en aucun cas il ne cite les noms. Matthieu a quatre fois un texte correspondant, mais toujours il tait les noms; deux fois il appelle ces apôtres υἱοὶ Ζεβεδαίου une fois οἱ δυὸ ἀδελφοί. Soit en insistant sur la relation de parenté qui unit Jacques et Jean, soit en les désignant avec persistance par leur nom, Marc accorde donc à ces deux apôtres une attention toute spéciale.
  • Supposons que ce soit Marc le rédacteur primitif du ch. XII des Actes, nous comprenons beaucoup mieux la remarque du v. 2: Jacques qui était le frère de Jean.
  • On se demandera peut-être pourquoi, si Luc dépend ici de Marc, a-t-il conservé cette remarque sur Jacques? pourquoi avoir gardé ces détails sur Hérode alors que dans son Évangile, où il rencontrait de particularités semblables, il les a cependant écartées? Luc aurait donc |567| dans les Actes adopté d’autres procédés, d’autres canons de transcription? Pourquoi ce changement de méthode?
  • Le pourquoi n’est peut-être pas facile à trouver, mais le fait me parait incontestable.
  • Quelque opinion que l’on adopte sur la part qui revient à Luc dans la rédaction des ch. I-XV, il est certain que sa “manière” a un peu changé et n’est plus tout à fait celle du troisième Évangile.
  • La meilleure preuve de ce changement nous est fournie par présence dans les Actes de plusieurs termes et expressions hébraïques: Ἀκελδαμάχ Ι, 19; Βαρσαββᾶς I, 23; Βαρνάβας IV, 36; Ταβειθά IX, 36, 40; Βαρσαββᾶς XV, 22.
  • Cependant dans le troisième Évangile il avait apporté un soin presque excessif, qui est une des caractéristiques de son œuvre, à supprimer tous les termes étrangers qu’il lisait dans ses sources.
  • 6. Une attention spéciale est accordée également à Barnabé dans les Actes, notamment aux ch. IX et XI.
  • C’est lui qui introduit Paul dans le cercle des frères de Jérusalem qui ne voulaient pas recevoir le nouveau converti, ch. IX, 27; lorsque le bruit des conversions opérées par Paul arrive aux oreilles de l’église-mère, Barnabé est chargé d’aller se rendre compte de ce qui se passe en Syrie ch. XI, 22 ; il va ensuite à Tarse chez Paul, il le ramène à Antioche et reste son compagnon assidu jusqu’au début du second voyage apostolique, ch. XVI.
  • Plus tard, Paul, qui semble n’avoir jamais aimé de travailler seul, s’adjoint d’autres compagnons de route: Silas (ch. XVI), l’auteur des Wir-Stucke, Gaïus et Aristarque, etc.; les deux premiers jouent en somme dans la suite le même rôle que Barnabé au début. Aussi n’est-ce pas le simple fait de voir Barnabé mentionné à côté de l’Apôtre qui trahit l’intérêt particulier que lui porte le rédacteur des ch. I-XV.
  • Mais plusieurs fois Barnabé est désigné le premier, avant Paul, comme ayant en quelque sorte le pas sur lui, cfr. XI, 30; XII, 25; XIII, 1 et 7; XIV, 12 et 14; XV, 12 et 26.
  • De tous les prophètes et docteurs de l’église d’Antioche Barnabé est cité le premier, Paul le dernier; ch. XIII, 1.
  • Cependant ce ne peut être là qu’une préférence d’ordre littéraire, car l’importance prépondérante de l’action de Paul reste manifeste et ressort clairement du récit lui-même. Paul prêche et fait les miracles, c'est le maître dont Barnabé est le disciple et le suivant.
  • D’ailleurs, entremêlés aux textes dans lesquels Barnabé est cité avant Paul, d’autres se rencontrent où Paul est mentionné le premier, ch. XIII, v. 2, 43, 46, 50; XV, 2, 22, 35. |568|
  • Malgré la situation secondaire et subordonnée que le rédacteur laisse à Barnabé, on sent que le disciple autant que le maître occupe sa pensée et sa composition trahit sa préoccupation de mettre Barnabé en relief autant que la chose est possible.
  • Ce souci s'expliquerait difficilement chez Luc mais devait être si naturel et si profond chez Marc pour peu qu’il ait répondu à l’attachement et à l'affection qui lui étaient témoignés!
  • Car Marc et Barnabé étaient parents: Μᾶρκος ὁ ἀνεψιὸς Βαρνάβα Coloss. IV, 10 et malgré son dévouement pour Paul, Barnabé préféra rompre avec lui que de renoncer à la société de Jean Marc son cousin.
  • Le ch. IV, 36 nous permet également d’apprécier combien grande était la considération que l’auteur de ce récit accordait à Barnabé.
  • Après avoir raconté la guérison du paralytique opérée par Pierre et les poursuites contre les apôtres auxquelles ce miracle donna lieu, les Actes exposent la situation économique de la première communauté à Jérusalem: c’était le régime de la communauté des biens. Le ch. II ne contenait qu’un aperçu général qui est repris au ch. IV et illustré par deux exemples : 1) Barnabé, 2) Ananie et Sapphire. Le choix de ces derniers était tout indiqué puisqu’il donne à l’auteur l’occasion de raconter, un miracle de Pierre et de rapporter les remontrances qu’il fit aux coupables.
  • Mais parmi tant d’autres qui offrirent leurs biens à la Communauté, pourquoi ne parler que de Barnabé dont il n’est pas dit que son offrande fut plus importante ni fut accompagnée de circonstances particulièrement remarquables?
  • Pourquoi nommer uniquement Barnabé sinon à raison des relations personnelles qui l’unissaient au rédacteur? Et qui était plus uni avec lui que Jean Marc?
  • De même que l’ordre dans lequel figurent les noms de Barnabé et de Paul, la préférence manifestée par le ch. IV, 36 et 37 nous invite également à songer à Marc comme auteur de ces récits.
  • Ces remarques relatives à l’attention particulière accordée à Barnabé n’ont de force que pour autant que l’on considère les chapitres IV, IX, XI, XV comme dérivant d’une même source, et ne sont guère recevables pour ceux qui admettent l’opinion de M. Harnack; toutefois on ne doit pas oublier que la note très significative sur la donation faite par Barnabé se trouvant dans le ch. IV appartient incontestablement à la source appelée A par M. H., source dans laquelle nous relevons la plupart de nos autres indices.
  • 7. Deux fois dans les Actes ch. I-XV, il est dit plus ou moins explicitement |569| que l’Évangile doit d’abord être offert aux Juifs mais qu’à la suite de leur refus, il sera présenté aux Gentils.
  • Ch. III, 26 Ὑμῖν πρῶτον ἀναστήσας ὁ Θεὸς τὸν Παῖδα αὐτοῦ ἀπέστειλεν αὐτὸν εὐλογοῦντα ὑμᾶς etc…
  • Ch. XIII, 46 ‘Ὑμῖν ἦν ἀναγκαῖον πρῶτον λαληθῆναι τὸν λόγον τοῦ Θεοῦ· ἐπειδὴ ἀπωθεῖσθε αὐτὸν καὶ οὐκ ἀξίους κρίνετε ἑαυτοὺς τῆς αἰωνίου ζωῆς, ἰδοὺ στρεφόμεθα εἰς τὰ ἔθνη.
  • La même idée se retrouve dans la scène de la Syrophénicienne relatée par le second Évangile; à l’étrangère qui lui demande de guérir sa fille, Jésus répond, ch. VII, 27: ἄφες πρῶτον χορτασθῆναι τὰ τέκνα· οὐ γάρ ἐστιν καλόν λαβεῖν τὸν ἄρτον τῶν τέκνων καὶ τοῖς κυναρίοις βαλεῖν.
  • Luc ne relate pas le voyage dans la région de Tyr et de Sidon; on le trouve dans Matth., mais celui-ci ne rapporte que la seconde partie de la réponse de Jésus à la Syrophénicienne; Marc est donc le seul des Synoptiques qui écrive: ἄφες πρῶτον χορτασθῆναι τὰ τέκνα.
  • (À suivre.)
  • Louvain.
  • L. Dieu.

MARC SOURCE DES ACTES? CH. I-XV (suite).

B. Indices formels.

  • On peut encore relever çà et là dans les Actes et dans Marc certains détails similaires, l’un ou l’autre trait commun qui peuvent provenir d’une coïncidence fortuite, mais dont l’explication est plus naturelle si nous supposons que ces détails ont été notés par un même rédacteur.
  • 1. Actes, ch. i i , 7 -1 2 . En entendant les Apôtres parler en langues,

les auditeurs sont surpris car il les avaient jusqu’alors considérés comme des hommes ordinaires : è-kTxvTs $è xai èDxujjcxÇsv X rpvcîç o'jy\ ttxvtsç 5 ytoc siffev o;. X a as 5 v is q ra X c X x to i… c£urrav?5 2è rav tî$ xxi ocr(7:opo3vTO xXXo; xpbç xXXov X^ovreç’ v. ÔIXec touto etvxi. Lorsque Jésus commence à prêcher dans sa patrie, il provoque aussi de l’étonnement chez ses concitoyens; ceux-ci rappellent qu’il (1) La limite méridionale de Japhet est le littoral méditerranéen de l’Europe, puis le littoral de la Mer Noire jusqu'à l’extrémité de la mer d'Azor, et au fond de cette mer l'cmboucbure du Don. On trouve dans Pline les distances de l’itinéraire marin qui joint les points extrêmes de ce littoral, Hist. nal. VI, 206-208; ed. Majhoff, Leipzig, 1906, p. 516; cf. Detlefsen, Die geographischen Bûcher d er N aturalis H istoria des C. Pliniiis Secundus…, Berlin, 1904, p. 173. (2) C'est l'auteur ju if qui a exprimé là son sentiment; les géographes grecs donnaient la palme à l'Europe. n’avait pas jusqu’alors laissé présager une telle science et qu’ils con naissent ses frères et sœurs. Marc vi, 2 Kal ol ixoXXoi àxoùovxîç €$tt:X*|OTovto Xé^ovicç : îxôGev xoùxw xau xa;…. Ou^ouxiçèffTivoxéxTtovô uibç x?}ç Mapi'aç xat àSeXfbç ’laxwSou xai ’IwaïJxo; xai ’loüba xai S i'jjuovoç, xai eux etaiv al âbeX fai aùxcû wce xpoç if;ixaç; La façon dont Marc s ’exprime rappelle incontestablement Actes i, 7. Luc iv, 22 toutefois rapporte égalem ent la même scène. 2. Actes iv, 22. A la fin du récit de la guérison du paralytique, nous trouvons l’indication de l’âge de cet homme, détail qui, m algré le vip ne semble pas motiver des actions de grâces spéciales de la part du peuple; c ’est une parenthèse qui n’a guère de rapport avec le contexte : zavxeç sbiljaÇov xov Oebv etci xü fEYCvixi’ èxwv yàp ^v xXewvwv xeaaapâxsvTa b avGpwzcç è?' ov yeyovsi xb <rr(g£tov xcuxo x?,ç *!a«rewç. lin détail analogue qui parait donné pour lui-m ême, sans relation avec l’ensemble de l ’exposé, se lit égalem ent chez Marc dans le récit de la fille de Jaïre : Marc V, 4-2 xai eùôùç âvéaxvj xb xopaatsv xai zepiE-rcaxei, ?,v yàp sxwv îwbexa. Luc raconte le même miracle et donne égalem ent l ’âge J e la jeune fille, mais la place où il note ce détail est toute différente de celle où nous le trouvons dans Marc; Luc le reporte au début de son récit, si bien que celui-ci est beaucoup mieux ordonné. Marc n ’introduit la mention de l ’âge que lorsqu’une autre circons tance l’y am ène; l ’enfant « peut m archer, écrit-il, puisqu’elle avait douze ans ». Ce procédé d’introduire des parenthèses dans le récit, procédé qui rend l’exposé plus pittoresque mais moins ordonné, se retrouve ailleurs chez Marc (1) et offre une analogie frappante avec celui que nous constatons dans les Actetf, ch. iv, 22. 3. Dans le même récit, Marc v, 40, Jésus entrant dans la cham bre funéraire chasse tous les assistants, ne conservant comme témoins que le père, la mère de l’enfant et les disciples qu’il avait avec lui : aûxbç îè èx6aXù)v irâvxaç rapaXaj/.6âva xbv -naxépa xou ^aiîtou xai xyjv jjLYjxépa *at xcùç |A£x’ aùxoü xai E'azopeüsxat swsu xb raictov. Même précaution de la part de Pierre avant la guérison de Dorcas : Actes, ix, 40 èxÔaXwv Si êcj<i) «dvxaç b Ilécpoç… 4. Le rappel à la vie se fait de part et d’autre dans les mêmes term es. Marc v, 41 xaXiGà xoup.‘ c ècxtv (jisGEpp.Yjvsu5p.Evcv, xb xcpâatcv, cci Xéyt» eyetpe, cfr. Actes IX , 40 TaôstOa, àvâaxrjQi. 5. De plus, Pierre donne la main à Dorcas pour l’aider à se lever, ccùç MÉLANGES. 87 (1) Cf. Lagrahge, o p . e it., p. lxxvii. 88 REVUE BIBLIQUE. Sk aÙTfl ysipcc àvcaxrjaev autiijv, ix, k l ; il en avait agi de même lorsqu’il guérit le paralytique xat xtaaaç aùrbv xf}^ SsÇtaç x£lP®$ ‘fft'etpev aOxcv. ni, 7. Dans Marc, nous retrouvons deux fois le même geste, lors de la résurrection de la fille de Jaïre Mc. v, k l xat xpax^aaç xetP°? xatSfeu et lors de la guérison de l’épileptique Mc. ix, 27 b Zi ’lr^ouç v.pzxrpoiq ~.ïtç X£lP5? «'JtoS ^yeipey auxsv xai àvéfxrr La première fois, le même détail est rapporté par les autres synoptiques, mais dans l’autre cas, Luc et Matthieu, qui relatent cependant la piéme guérison, ne parlent pas de cette circonstance relevée par Marc. 6. Dans les questions de dépendance littéraire, l’argument de loin le plus objectif et le plus convaincant est la similitude de style : vocabulaire et constructions; c ’est celui qu'il faudrait avant tout pouvoir appliquer ici pour décider en toute certitude si Luc s’est inspiré de Marc dans les Actes. Mais il y a un gros obstacle à l’applica tion de ce procédé de critique au cas qui nous occupe. Nous savons, en effet, que Luc retouchait le style des sources qu’il employait; le fait est très facile à établir pour l’Évangile (1), et d’autre part, pour ce qui concerne les Actes, il résulte des. recherches de M. Harnack sdr le style du rédacteur que, du début à la fin du livre, au-dessus des sources qu’il a pu utiliser, Luc a étendu le manteau des particularités de sa langue propre, si bien que partout on a l ’illu sion d’être en face de lui et de l ’entendre parler (2). Cependant les remaniements que Luc fait subir à ses sources sont assez superficiels, ses retouches sont légères et laissent apparaître maint indice propre aux documents M ou Q qu’on n’aurait pas trouvé chez Luc si celui-ci eût rédigé librement : les mains et le vêtement sont d’Esaü, mais la voix reste celle de Jacob (3). Si notre hypothèse est fondée, nous pouvons donc espérer rencon trer dans la première partie des Actes, sinon le vocabulaire de Marc, au moins des modes de parler, des façons d’envisager et de présenter les choses qui nous rappellent le second Évangile. riepc6X£TC£iv. « lin des traits propres à Marc, c’est ce regard que Jésus promène « autour de lui, comme pour sonder les dispositions de ses auditeurs. (1) Harnacil, L u k a t d er A riz, p. 61-69. (2) Ibidem, p. 69 : liegeo doeb Ev. C. I u. 2 und Aposlelgesch. 1-12, 15 sicher achrift- liche Qucllen zugrunde, trolzdem sei aber der Stii dieser Capp. und ihr Worlschatz ganz und gar lukanisch. (3) Ibid., p. 68. Die von Lukas vorgenoramenen Verberserungen haben die Be&onderhei- ten der Quelle dooh nich vermacht. MÉLANGES. « Or cet effet assez saisissant est obtenu presque toujours par le « même verbe *cpi6Xâcopst. ». Le R. P. Lagrange cite quelques exemples (1). Il aurait pu y ajouter les cas où Marc à Yexclusion des au tres évan gélistes emploie d ’autres verbes pour désigner le même geste, soit qu’il s’agisse de Jésus ou d’autres acteurs. Ch. m , 11 xai xà xveyjxaxa xa àxaôapxa oxav aùxbv è0£o>pouv TTpOacKlTCXOV. v, 22 xai £p)jexai £iç xwv àp^urüvaywywv bvôjxaxi ’laEipoç, xaî tbùv aùxbv itùuxet xpbç xoùç rcôbaç aùxoO. v, 31 xat êXfiyov aùx<j> cl jxadïjxat aùxoû* (ÎXérceiç xbv 5*/Xov covÔXl- 6ovxà c£, xai Xéyetç. v, 38 xai £p)jovxat eîç xbv oîxcv xou àp‘/wuvaY<»Yôü> **'• GetopeC 0cpu6cv. V I, 48 xai ibwv aùxoù:; (îaoraviÇoiiivoui; èv xcj> èXayveiv. vi, 50 xavxeç y®P aùxbv eîbav xai ixapa^Or,cav. rx, 14-15 £?bcv 5)jXov zcXùv x£pi aùxoùç………… xai eù8ùç xaç b ôyXoç tbèvxeç. X, 14 tbwv bè 6 ’Lrjacyç f/YaV!*>:r'j(,ev- x , 21 b bè ’lYjaoyç èjASXétyaç aùxw ^Y«XTjffev aùxov. xii, 15 fépexé (xot Btjvapiov ïva tbw. XII, 38 3 Xé*K£x c àicb xtT>v yp^P-^xeiov xwv OsXovxtiJv… Or ces regards dont Marc parle avec tant d’insistance, il en est aussi fait mention avec une fréquence remarquable dans plusieurs scènes des Actes (ch. i-xv). a) I, 9-12 xai xauxa eirctov pXeitôvxidv aox&v, Iv^pOi}…… xai (bç àxev£Çovx£ç ■Jjcav £tç xbv oùpavôv…… x( éax^xaxe '3 X£tcovx£; e:.ç xbv cùpavcv…… cv xpbrrov èÔeaaaaflE aùxbv ^cpeocp.svov £tç xbv oùpaviv. é) m , 3-6 oç tbwv LUxpov xai ’Iwovyjv jxéXXovxaç etatévai… A T E N I2A 2 bè Iléxpoç £tç aùxbv aùv xw Itaàvr, elxev (5Xé<{/ov e!ç ■fjji.aç. m , 12 îbtbv bè b riéxpoç àir£xpivaxo ~po; xbv Xaôv…… ri V)|xlv xtàxevtÇcxe <bç ’tbfa bovi^ei…… iv, 13-14 0£(i)pouvx£ç bè xyjv xou Iléxpou rcappujcrlav…….. xcv xe avSpwxov 3 X£tcovx£ç. c) vi, 15 xai àx£vtcravx£; si? aùxbv T;avx£? d\ xa0£Çcp.svot èv tw auvebpùp £ i b c v xb icpùatùxov aùxoO. vu, 55-56 àx£v(<jaç éiç xbv oùpavbv elbev bci;av Oeou…… xai efasv tboù 6 s (op(7) xoùç oùpavoyç. d) vu, 31 ô bè Moüafjç tbwv £0ayp.aÇ£v xb cpap.a. 89 (1) Op. cit., p. txv et i.xx?. 90 REVUE BIBLIQUE. c) IX, 40 f, 81 IfvoiÇev tou; ôçOaXjjtoù; ayxïpç, xat î$oüsa xbv UUxpcv. f ) X, 4 o 3è àxevi'aa; auxw. XI, 6 s t; r,v axe vfera; xaxevocuv. xiv, 9 OS A TEN I2A S AYTQ xat loùv Sxi lys t xfoxiv. On remarquera la ressemblance frappante des ch. iïi, 6 ; xiv, 9 avec le regard dont Jésus fait précéder ses guérisons. Une autre particularité de Marc, c ’est la façon dont il décrit l’impression produite sur les assistants par un miracle ou un fait surnaturel. Le sentiment provoqué est généralement la stupeur, la crainte et est exprimé par les verbes fcôsîaOai, è^wxaaOai, èxzX^aseaOai et spécialement èxOafxôéîaOai. Cf. ch. i, 27; iv, 4 1 ; v, 1 5 ; v, 4 2 ; vi, 2 ,5 0 ; x, 26, etc. Naturellement le môme sentiment est mainte fois noté par les autres synoptiques, mais dans plusieurs cas, Marc est seul à faire cette remarque, Matth. et Luc, même lorsqu’ils ont un récit parallèle, ne signalent pas cette impression où ils y insistent moins. Par exemple, Mc. v, 33 y; 3è vt; «poSyjôeTcra xat z p i^ ou aa… ^X6sv (Luc vm , 47 V; yuvŸj…… xpljJLOuua *?(X6sv). Mc. VI, 51 xai Xtav ix cspiaacO iv éauxcî; è^iaxavx^. IX, 15 iSsvxs; aùxbv à^eOap.ô^Oyjaav. X, 24 et $è gaOyjxal ÈOapiboîivx©. Ibid. 32 xat èôa^ôouvxo, o\ l ï àxoXouOsOvxcÇ èçoêouvxo. Xt, 18 è^oècOvxo yàp aùxbv, x:a; yàp b èfyXo; è£exX^<jff$TO èxi x?, bioa^ij aùxoD. Dans les deux derniers cas, la « manière » de Marc se trahit bien et s’oppose assez nettement à celle de Lpc; tandis que Marc insiste sur le sentiment de crainte et d’étonnement que provoque Jésus, Luc qui rapporte le même fait à peu près dans les mêmes termes, omet de signaler l’impression produite. Mc. xiv, 33 xat ?,p;axs £xQap.6eîcrÔai. XVI, 8 v.yv* yàp aùxà; xpbp.ô; xat è'xcrxaai;' xaî ojcev't où$èv 6t::av sçoboüvxo y <*p- Ce dernier texte traduit encore le genre spécial de Marc qui n’est pas adopté par les autres synoptiques. Luc, en effet, ne note chez les saintes femmes aucun sentiment xxiv, 8-11, Matthieu les dit partagées entre la crainte et la joie xxvm , 8 ustx ç>ô5cu xai yapa; {X£y<*Xyj; l3pajxov à-xYYsîXai, tandis que Marc ne signale que la crainte et le trouble qu’il exprime par trois termes rassemblés dans un seul verset. Les premiers chapitres des Actes nous présentent également les faits sous le même aspect : les phénomènes surnaturels qui y sont narrés pro voquent assez uniformément chez les assistants le trouble et la crainte. MÉLANGES. Oi a) Effusion du Saint-Esprit. Il, 6-12 ffüvijXOcv xb TKffiÔq xai ©uve'/ü8v; …. èijfaxavx© Bè xai èOâu- paÇov…… èÇiaxavx© Bè i;av?eç xai Bttjxopcijvx©. il, 43 ’Eyfvex© Bè nain; ?^oç. ô) Guérison du paralytique. Ili, 10 xai èi:Xifa0tjsav 8 à(xbcuç xai b .ff:â u îw ; èxt'xw <rjp.6£6Yjx©xi aùx<?>. c) Ànanie et Sapphire. v , 5 xai èyèvsxs ?©6oç jAéya? èïci ravxaç xoù; àx©j©vxa?. v, 11 xai èyèv£x© qô6cç jAtyaç è©’ oàyjv ttJv èxx/or,aiav… d) Simon le magicien. VIH, 13 Oîwpûv xs (njjjLâta xai ouvâ|Ji£tç p.eyaXaç yivcjj.èvaç èçtsxaxc. e) Conversion de Paul. IX, 7 ©i <juv©Beù©vxsç aùxo) £ir:r(x£tijav évcsi. IX, 21 è^CaxavT© Bè iràvxsç c*. àxoùevxEç. / ) Conversion de Corneille. X, 4 © Bè âxsvtaaç auxo> xai l[J.f:6 o q yîvbp.îvoç. X, 45 xat- éséaxYjaav oi èx rsptxc;j.î5ç. Délivrance de Pierre. XII, 16 àvst'ïavxeç Bè EÎBav aùxbv xai z;i<jxt;aav. h) Aveuglement d’Elym as. xiii, 12 xbx£ iBtùv 6 àvSüwaxoç xb yeycvbç szîffXEuuEv sxcXv)a<j©}/.£vo; ird xf, BtBa)$ x©D xup(cu. Une seule fois au cours de ces chapitres l’auteur signale que le sentiment provoqué par des faits surnaturels fut la joie. C’est à l’oc casion des miracles accomplis par Philippe à Samarie : VIH, 8 èyevsx© Bè îroXXv; /ctp'a èv x?j xroXst èxeivr;. Au ch. xn i, 52, il est dit des disciples d’Antioche de Pisidie qu’ils furent remplis de joie ©t xe (/.a8r,xai èxX^pcbvxo */apà? xat irveù|Aax©ç aytou; toutefois le motif de cette joie n ’était ;plus un prodige quelconque, mais plutôt les persécutions dont ils venaient d’ètre l’objet. A titre de contre-épreuve, parcourons la seconde partie des Actes. Dans les ch. xvi- xxviii où plusieurs miracles sont racontés, nous constatons que le sentiment de crainte et de terreur n’est signalé que deux fois. XIX, 17 xai i:rÉXEUEv ç>©6©? èxt iravxx; aùx©vî. De plus, ce qui provoqua cet^e crainte, ce furent les sévices exercés par le démoniaque sur les fils de Scéva plutôt que les guérisons opérées p ar Paul. x x iv , 25 £j/.<j>©6©ç y£v©p.sv©s b Ici l ’occasion est tout autre que 92 REVUE BIBLIQUE. dans les cas précédents, il ne s’agit plus de miracles mais de consi dérations sur la justice et le jugement futur. Le mot Éxorr-wi; revient également .au ch. x x ji, 17 mais plutôt dans le sens de ravissement et non' pas de trouble. ’E^éveto Bè…… xpoaso^onévoü l*00 Tt? Yev^a®ai H15 *v bwrcwet. Les circonstances à propos desquelles ces mots sont employés sont donc difiérentes de celles des ch. i-xv. D’autre part, nous ne les rencontrons pas là où nous nous atten drions à les trouver s’il y avait unité absolue d’auteur. Au ch. xix, Luc fait le récit du baptême des disciples de Jean à Ephèse, à la suite duquel ils reçoivent le Saint-Esprit, parlent en langues et prophétisent, v. 6. Tandis que dans les cas analogues, exposés dans les ch. il et x, l ’impression de crainte et de terreur est notée plusieurs fois, ici, nous ne trouvons rien de pareil. Lorsque Paul ressuscita à Troas le jeune Eutychus, les frères en furent fort consolés, ch. xx, 12 ■i'jyaYcv Bè xbv ^aîBa Çwvta, xai xapexXr,- 6y;aav où jxexpCtoç. Ch x x i i , 9 . La conversion de Paul est exposée que l’on lit déjà au ch. îx, mais ici, nous ne trouvons plus rien qui corresponde à etç- xr.xewav èveoL* | Ch. xxviii, 6-10. Plusieurs miracles sont encore racontés à propos desquels il n’est fait mention d’aucun sentiment de fraveur ou de stupeur chez les assistants. On a aussi signalé l ’absence de recherche dans le style de Marc, notamment des répétitions de propositions énoncées dans les mêmes termes et qui se suivent presque sans intervalle. Cela lui donne un cachet de candeur et de simplicité qui nous rappelle Homère et les productions naïves que l’on trouve au début de toutes les littératures. Le R. P. Lagrange en a donné plusieurs exemples dans son Intro- ductiçn (1). Or nous constatons dans les Actes ch. i-xv le même procédé de rédaction dont nous donnons quelques spécimens. 1, 9 XsicèvTtiiv aùxwv èx^pOnj, I, H àvBpeç FaXtXatot xiéaxr,- xai veÿsXrj &ic&a6ev àuxbv àwb xo>v xaxe jBXéxovxeç tlç xbv oùppvov; èfOaXfjuov aùxwv. ooxoç o ’Itjoouç 6 àvaXtjpiçÔeiç ày’ 10 xai àç àxEvt'Çovxeç :Çoav ctç üjjuÔv eîç xbv oùpavbv ouxwç êXsùaexai xbv oùpavbv ^opeuojxévoü aùxoü ov xpoxov èôeâaaoôeàuxbv xopeu 6- xaltBoù avBpeç… ^apeiox^xetoav [aevov etç xbv oùpavôv. aùxoïç… et xat glrcav. (1) Op. CH., p. LXITII1. MÉLANGES. 9 3 II, 6 aove^ùdr, ©xi ijxouov eîç 7 cù*/i ISou xavxcç cuxot etaiv ot e x a ? toç x?) 18toc StaXéxxw Xa- XaXouvxEç PaXtXaïci ; xai xwç Xoyvrwv aûxüv. àxcùcp.ev è'xasxoç xï) i3(a 3ia- Xéxxw ^wv èv ^ èYevv^ÔY)[A£v. III, 8 xat èÇaXXo- jxêvoç èaxt} xat icepts- iraxsi. IV, 34 OffOt Y»? XTT^- X0f>€Ç ^(i)p£û)V ^ OtXlWV ÜZfJp^OV X(i>XoÜVX£Ç è f e p o v xàç xt(xà; xwv ‘xtrpaaxojxèvtov xai èxt- Ôcuv'xapàxoùçxôbas TWV QCZOffX 6Xu)V. 8 xat «iirijXÔev ©ùv àu- XOÏÇ £IÇ XO Upbv TCEpl- ixaxwv xai àXXbptevoç xai àtv&v xov 0eèv. 36 ’IwffYjç 3è… Oxâp^ovxoç abxw à- Ypoü wwXVjja; I v*y* xev xb )rp?}p.x xai lOtj- ' xev xpbç xobç zbSaç xûv acoaxôXuv. 9 xai et3ev xaç 6 Xabç aùxbv 7cepiraxouvxa xai aivouvxa xbv Oebv. V. 1-2 “Avtjp Zé xtç ’Avavlaç bvbpaxt… èx<bXr,c£v xxfjjjta… xai èvè^xa*; pipoç xt xapàxooç'îcôbaç xûv àxoaxôXü>v lOrjxev. Apparemment il y aurait lieu de signaler ici les coïncidences d’ex pressions que l’on relève entre le ch. n, 43-47 et les ch. iv, 32-37, v, 11-14; ces versets ont depuis longtemps exercé la sagacité des « àourciers ». Pour ma part, je suis plutôt porté à considérer la seconde série de traits (ch. iv et v) comme originale et primitive, ayant plus de chances d’appartenir à la source, tandis que les versets 41-47 du ch. i i seraient une adaptation de Luc intercalée par lui dans le docu ment qu’il avait sous les yeux. La clef de l’explication me parait être au ch. i i , v. 43-44. Ces versets renferment des éléments qui interrompent la suite des idées; pourquoi mentionner la crainte v. 43 alors qu’il n’a été ques tion dans ce qui précède ni de châtiments, ni défaits surnaturels? Pourquoi faire ici allusion au régime de la communauté des biens v. 44? Si nous nous reportons au ch. v, 11 et 12, nous retrouvons la même suite d’idées qu’au ch. i i , 43, mais elle se présente ici de façon très naturelle. En effet l’auteur vient de raconter le châtiment infligé à Ananie et Sapphire, à la suite de quoi il note que la crainte s’est emparée de tous les assistants; puis il insère quelques observations générales v. 12-16 qui clôturent très bien les épisodes particuliers qu’il vient de narrer lesquels avaient débuté par des remarques du même genre îv, 32-35; la première de ces observations générales qui suivent le récit de la mort de Sapphire est la suivante 3tà 3è xwv ^îtptàv xüv âxoaxbXwv èytvexo xai xèpaxa TîcXXà èv xw Xaü. 94 R E V U E B IB L IQ U E . Le récit primitif du ch. u se terminait très naturellement à la fin du v. 4-2 ?(aav os xpocxapTEpouvre; Bt3a)$ twv azcaréXwv xat TiJ y.civto- vta, tf, xXaoet tou àpTou xat Taî; 7tpoaeu*/at;, après quoi il passait à l ’ex posé de la guérison du paralytique opérée par Pierre et Jean en montant au Temple. Ce miracle, que Luc allait raconter dans ses détails, était l’occasion pour lui de rappeler la mention générale des miracles apostoliques qu’il Lisait dans sa source au ch. v, 12, mais cette mention était pré cédée dans son document, d’une remarque sur la crainte inspirée aux fidèles par la mort de Sapphire, ch. v, 11. Luc transcrit également la note sur la crainte non pas parce qu’elle était nécessaire dans le ch. n mais plutôt par la simple raison qu’elle se trouvait précéder dans le ch. v la note générale sur les miracles qu’il y reprenait. Par le fait même, il insistait sur le rôle primordial que jouaient les apôtres dans la première communauté et développait un peu l’idée que l’auteur de la source avait époncéc plus brièvement au v. 42 ^jav cl zpcoxapTspeyvTse t<ov à-ocrToXiov. Le verset 43 du ch. ii ne serait donc qu’une insertion un peu violente des vv. 11 et 12 du ch. v. Un autre élément du v. 42 : xat -f, xotvwvi'a est développé par les vv. 44 et 45 qui sont un double des expressions que nous lisons au ch. îv, v. 32 et 34. Le troisième membre du v. 42 : xXaoet apxou est expliqué par le v. 46 et le quatrième xat 'rat; zpccsu'/at; par le début de 47 atveuvre; -rev 6s6v. On peut voir dans le v. 46 zpooxapTepouvTsç ôp.o6u|/.a3bv sv tw îspo> un rappel de v, 12 xai ^crav cp.o6();xa3cv Travxsç sv ctj <rroa 2joXop.<ov-oç et dans le v. 47 un souvenir de v, 14. En résumé, le ch. n, 43-47 serait donc un développement du v. 42 à l’aide de termes que Luc emprunte aux ch. iv et v; ce procédé d’am plification a déjà été employé par Luc dans son Évangile, il n’est donc pas étonnant que nous le retrouvions ici (1). Voici donc d’où proviendraient les éléments de ch. n, 43-47. Thème: il, 42 -Jjoav os 77pocxapTspouvTsç (1) tyJ :wv «t: c<7t6- Xo)v (2) xat -r^ xotvana (3) xXâoet tou aptou xat (4) T ai; Trpoosu- r / z U . (1) Cfr. Harnack, l u k a s d e r A rtz, p. 66. Sehr Iehrreich ist, und an Dutzenden von Stellen zu bclegen, dass Lukas bei seinen Correcturen und Umformungen des iüMrkustextes den Bibelslil bzw. den S til des Markus zu kopieren sich bemüht. Er setzt nach Kràften einen Lappen ahnlichen Zeugs auf die Risse. MÉLANGES. 95 Développement. 1. u, 43 ’ E y ^veto oè itaarr, o65oç. rcoXXà oè Tépotta x a i aYjjjieTa c tà twv àTirocrToXwv èy tv sT O . 2 . 4 4 n â v ”£ç Sè oî avT £ç èxi xb ayto sTxov «^*v' a xciva. 45 Kai -ri xt^jJiaTa xat Taç ûî:àp^et$ èrcncpaaxov xa't ot£j/i- ptÇûv auTa xa<nv, xaÔGTi àv tiç y ps t a v sî^ev. 3. 46 Ka0’ f,|/.épav t£ 'spoarxapTS- pcuvxÈç 5p.o0up.a3bv èv tù tspw, x X w V T éç T£ XaT* CÏXOV apT O V , pÆ T£- Xapiavcv Tpo:p?}ç èv otYaXXt&m xat oüpfiXè-yjTt xapSîaç. 4. 47 atvouvt£ç tcv 0£bv xai £XCVT£Ç x®Plv oXov fbv Xaov. 'O 3è K uptoç t: poff£Ti0£t toùç awÇwp-évouç xaO’ Yjpifpav èict to ajTÔ. v, 11 Kai E T EN ET O 4 > 0B 02 pivaç i f ’ cXtjv trjv ÈxxXtjat'av xai E ü l I1ANTA2 toùç otxoucvTaç T a l h a . v, 12 AI A AE twv ^Etpwv TQN A Ü 02T 0A Q N EPIN ETO 2H - MEIA KAI TEPA TA IlOAAA èv tw Xaw. iv, 32 ToO cl xXr,8ouç twv 1112- TEV2ANTÜN ?,v xapBta xai 'FTXH MIA, xai oùoè eIç ti TÜN TIIAPXON TQN aùxw £X£Yev ickv £ivai àXX’ HN A Y T 0 I2 HANTA KOINA. iv, ^.34 Oubè fàp èvhE^ç tiç ?(v èv aÙTOîç, baa y*P K T H T 0 P E 2 ’/wptwvTj oixtwv ï TIH PX O N tcwXouv- T£Ç EO^pCV TOtÇ Tlj/.àç TWV IIII1PA 2- KOMENÛN xai ItIôouv irapà toùç xûSaç twv à^offisXwV BieSiSstc 3è éxâffTw K A 0O TI AN T I 2 X PEÎA N E IX E N . v, 12 Kai ^crav OMO0YMA- AON IIA N T E 2 EN TH 2 T 0 A 2 0 A 0 M Q N T 0 2 …… v, 13 àXX’ EM ErA A TN EN A T T 0 Y 2 O A A 02. V, 14 MaXXcv 3è I I P 0 2 - E 0 E N T O III 2 T E Y 0 N T E 2 / TU K TPIQ , TrX^Q-rj àvBpwv te xai fuvaixwv. Il est aussi très vraisemblable que l’un ou l’autre élément des ch. iv et v qui forment doublet avec ch. n, 43-47 émane du rédacteur et non de la source. Cela me semble surtout probable pour iv, 32 qui interrompt manifestement l’exposé. Le point qui paraît le mieux assuré et qu’oublient ceux qui s’ap- 96 KKVUE B IB L IQ U E . puient pour faire la distinction des sources sur le ch. u, 4 3 -i7 , c ’est que ces versets ont beaucoup plus l’aspect d'un remaniement rédac tionnel à attribuer à Luc, que d’un texte primitif. Enfin lorsque l’occasion se présente de revenir sur un événement dont il a déjà parlé, l’auteur ne sc gène pas pour refaire son récit sur le même patron et de se servir de formules quasi stéréotypées; ce schématisme a été aussi constaté chez Marc (1). En voici pour les Actes un exemple indiscutable : X , 10 kyi'mc e- ’ aùtbv è x o ta - ciç. 11 xai Osupst tov oùpavbv àvewy- pivcv y.al xata6atvo v uxsuoç tt 60ôvr,v jasy^aov téooapaiv à p y a tç xaOiép-svov hd tifo 12 èv (p ùzijpysv ^râvta xà t e t p a - ::o3a xat Éprrstà xij; Y*îs x,ai x s - xîiv à xc0 cupavou. 13 xat gvéveTO fwvf; xpoç àutov* à v a c t a ç , r i i x p s , OOaov xai çâ^e- 14 6 3s IHtpoç e t r e V {xr,3ap.w;, xupts, oxic63s-rcx£ è'çaycv x àv x oï- vbv xàt àxiO aptcv . 15 xat ÿwvÿj xaAtv èx Ssuxèpou ~pbç autov* a 6 Osbç èxaOaptoevaù ;xy; Xotvou. 16 toute 3s kyévsxc s z i tp tç, xat sùOù; âvsA^jA^OYj tb axeucç s t ; tcv cùpavov. X I, 5 xat stbov èv sxataasi'épaixa, x a ta c a tv c v axeüô* tt wç oOcvtjv p .S Y «^ > Jv t£o o ap o iv àp y at(;xaO ts- jxs vvj v èx tou oupaveu, xai t/aOev àypt e|aou' 6 sîç r,v àtevtoaç xatsvocuv, xat eiBov tstp a^ o '3a ti jç Y^Jç xai tà Qtjpta xat t à ép“ S t à x a l t à Trststvà tou oùpavou. 1 vjxouaa es xat fwvîjç Xeyouctjç pict* à v a o t à ç , I l s t p s , Gucov xat f à Ys. 8 Stzov 3s' {JLYjbajXWÇ, xupte, OTl xotvov x at àxàOaptcv cùbè^ots stoïjXOsv etç to atôpta p.cu. 9 àzgxpiOrj 3è èx osutépou çwvr, èx tou oùpavou’ à b 0 so^ èxaOâptosv où [X-i; xotvou. 10 touto 3s sYcveto eict tp iç , xai àveoxàaOYj taAtv xravta et$ tov cupavév. Nous ne prétendons pas que chacune des considérations présentées ait en elle-même une valeur apodictique, mais il nous semble que, prises ensemble, elles constituent un faisceau de vraisemblances qui nous permettent de conclure avec probabilité que Luc s’est inspiré d ’un récit de Marc en composant les ch. i-xv des Actes. L. Dieu. Louvain. (1) Cfr. Lackance, op. c il., i.xxm et $v.

Bibliographie

1)
Könismann, Prolusio de fontibus com. sacr. qui Lucae nomen praeferunt, Altona, 1798.
2)
Cfr. Bludeau, Die Quellenscheidungen in der Apostelgeschichte. Biblische Zeitschrift, Fribourg-en-Brisgau, 1907, p. 166-189, 258-381, et Jacquier, Histoire des Livres du Nouveau Testament, Paris, Gabalda, 1908, t. III, p. 64 sv.
3)
Th. Zahn, Einleitung in das NV. T., t. II, Leipzig, Deichert, 1907, p. 420-421.
4)
A. Harnack, Die Apostelgesehichte, Leipzig, Hinrich, 1908, p. 131-198.
5)
C. C. Torrey, The composition and date of Acta (Harvard Theological Studies), 72 p. Cf. Revue biblique, 1917, p. 300 sv.
6)
Jacquier, op. cit., p. 65.
7)
Apostelgeschichte, p. 150-152.
8)
Apostelgeschichte, p. 151.
9)
Ibidem, p. 128.
10)
Einleitung in das N. T. 3e Aufl., Berlin, 1897.
11)
Lukas der Artz. Leipzig, Hinrichs, 1906, p. 75.
12)
Wendt, Apostelgeschichte, 8e Aufl., 1897.
13)
Apostelgeschichte, p. 150.
14)
Voir leurs témoignages rassemblés par le R. P. Lagrange dans son Évangile selon saint Marc, Paris, Gabalda, 1911, p. XX-XXVII.
15)
Cf. S. Jean Chrysostome, Homélies sur les Actes I, 1, cité par le P. V. Rose, Les Actes des Apôtres, Paris, Bloud, 1910, p. VI.
16)
Évangile selon saint Marc, p. 435.
17)
Évangile selon saint Marc, p. 157.
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